Tilikum, l’orque devenue symbole de l’anti-captivité


Cause Animale, Les orques / vendredi, novembre 12th, 2021

Cet article est le premier d’une série d’articles qui auront pour but de vous faire découvrir l’univers des orques, sauvages comme captives. J’avais prévu de faire un seul article sur la captivité des orques, mais il y a tellement de choses à dire, d’histoires d’orques à raconter, que ça me semblait plus juste de dédier toute une section du blog à ces animaux merveilleux qui sont devenus une vraie passion pour moi. J’espère que la lecture de ces articles vous permettra d’en savoir plus sur leur vie et sur les différents combats qui restent à mener pour la protection des orques dans le monde.

Peu d’orques sont aussi connues que Tilikum, à l’exception de Keiko, l’orque star du film Sauvez Willy (et qui aura probablement son article dédié !). Orque captive pendant plus de 30 ans, Tilikum est devenu le symbole du combat contre la captivité des orques, notamment grâce au documentaire Blackfish. Cet article retrace la vie de Tilikum et les événements qui en font aujourd’hui une orque emblématique de la lutte anti-captivité.

Tilikum : une orque arrachée à son milieu naturel

Tilikum est une orque mâle capturée au large des côtes islandaises en 1983, alors qu’il n’avait que 2 ans. Au-delà du fait qu’on arrache un animal sauvage à son milieu naturel alors que sa vie commence à peine (l’espérance de vie des mâles se situant vers 60-80 ans), cette capture est d’autant plus cruelle que les orques sont des animaux avec de forts liens sociaux, qui passent toute leur vie aux côtés de leurs mères.

Suite à sa capture, il passa presque un an dans un parc marin en Islande, enfermé dans un bassin bétonné avec très peu de stimulations sensorielles. Ainsi commençait sa vie d’orque captive.

Sealand of the Pacific

Après cette année en Islande, il fut envoyé au parc Sealand of the Pacific, situé en Colombie-Britannique (Canada). C’est dans ce parc que Tilikum va commencer les participations à des spectacles pour le public. Deux autres orques femelles se trouvent avec lui dans le bassin et lui mène la vie dure.

La vie de Tilikum au Canada

Les dresseurs de Sealand of the Pacific privaient les orques de nourriture à chaque fois que les exercices n’étaient pas correctement effectués. Tilikum n’ayant jamais été dressé, il avait du mal à suivre les consignes. La privation de nourriture créait de la frustration chez les femelles qui s’en prenaient régulièrement à lui.

Les propriétaires du parc craignant que des défenseurs des animaux viennent couper les filets et ainsi libérer les orques, elles étaient enfermées pendant la nuit dans un module, dans l’obscurité totale et sans aucune stimulation.

La mort de Keltie Byrne

Keltie Byrne était l’une des dresseuses de Sealand of the Pacific. Etudiante, elle travaillait à mi-temps dans le parc marin. Le 20 février 1991, c’est pendant un spectacle que Keltie tombe accidentellement à l’eau. Les orques, excitées par cette nouvelle venue dans le bassin (les dresseurs n’interagissaient jamais dans l’eau avec les orques de Sealand), ont commencé à s’en prendre à Keltie en la maintenant dans l’eau, entraînant sa mort par noyade.

Il est difficile de savoir exactement quelle orque fut responsable de l’attaque, mais certains témoins présents ce jour-là ont clairement identifié Tilikum comme l’instigateur. Il fallut deux heures aux employés du parc pour réussir à sortir le corps de Keltie de l’eau.

Suite à cet accident, Tilikum fut vendu au parc Seaworld d’Orlando, aux Etats-Unis. Le parc Sealand of the Pacific ferma ses portes un an plus tard, probablement en raison de la mauvaise presse qu’avait provoqué la mort de Keltie.

tilikum
Tilikum lors d’une représentation à SeaWorld ©DR

Tilikum à Seaworld

Seaworld, une chaîne commerciale possédant plusieurs parcs aux US et dans le monde, était à la recherche d’un mâle reproducteur et fit donc l’acquisition de Tilikum en 1992. Il se retrouva dans un bassin avec d’autres orques femelles qui, encore une fois, le prirent pour cible.

Il faut savoir que les orques, à l’état naturel, vivent dans des groupes séparés appelés pods et n’interagissent quasiment jamais avec les membres d’autres groupes. Chaque famille d’orques a sa propre culture, son propre langage. Mettre dans un même bassin Tilikum, une orque venant d’Islande, avec des orques provenant d’autres régions du monde ne pouvait que provoquer des tensions et une communication difficile entre les animaux.

Tilikum a été traité comme une marchandise par les dirigeants de Seaworld, qui se sont servis de lui comme mâle reproducteur afin de faire naître d’autres orques (21 au total !) qui iraient rejoindre leurs différents parcs pour faire toujours plus d’argent.

Daniel P. Dukes

Le 6 juillet 1999, au matin, les employés de Seaworld eurent la mauvaise surprise de découvrir le corps d’un homme nu sur le dos de Tilikum.

Daniel P. Dukes, un homme âgé de 27 ans, s’était introduit dans le parc illégalement pendant la nuit et s’était retrouvé à proximité du bassin où Tilikum se trouvait.

Malgré les nombreuses caméras présentes autour des bassins des orques, personne ne l’a repéré avant le matin, alors qu’il était déjà mort. Les déclarations officielles mentionnaient un choc thermique et une mort par noyade. Mais d’autres témoignages laissèrent entendre que le corps de Dukes portaient des traces d’agression manifestes.

Il est important de se rappeler que le succès de ses parcs repose sur la sympathie et l’amour que le public portent aux animaux, et notamment aux orques, qui sont perçues comme de gros pandas des mers. Ce n’était pas dans l’intérêt du parc que Tilikum soit vu comme un animal agressif et dangereux, ce qui les a sûrement poussé à dissimuler certains éléments de l’accident.

Dawn Brancheau

Dawn Brancheau, dresseuse à Seaworld © Abaca

C’est le 24 février 2010 qu’eut lieu l’événement qui marquera les esprits et qui allait ramener sur la table la discussion autour de la captivité des orques.

Dawn Brancheau, une dresseuse expérimentée de Seaworld, qui travaillait depuis des années avec Tilikum, s’est fait entraîner dans l’eau par l’orque qui a passé plusieurs minutes à s’acharner sur elle, sous les yeux horrifiés des gens présents ce jour-là. La dresseuse réalisait ce jour-là une session hors spectacle où elle devait interagir avec Tilikum pour divertir les gens qui mangeaient à proximité du petit bassin. D’après les témoignages, Tilikum n’aurait pas répondu correctement à l’une des consignes, et Dawn ne l’a donc pas récompensé avec du poisson, ce qui a sûrement provoquer sa colère et sa frustration.

L’autopsie réalisée sur le corps de Dawn a révélé une mort par noyade et blessures traumatiques simultanées, avec des membres et une partie de la tête arrachées.

Cet accident a provoqué une onde de choc au niveau mondial. Un procès a été intenté pour déterminer les circonstances de la mort de Dawn, et les dresseurs de Seaworld n’ont plus été autorisés à entrer dans l’eau avec les orques.

Le film Blackfish

En 2013 sort le documentaire Blackfish, réalisé par Gabriela Cowperthwaite, et qui retrace la vie de Tilikum. De sa capture en Islande à sa vie de captif au parc de Seaworld, le film tente de démontrer l’impact qu’a eu la captivité sur Tilikum, créant chez lui une psychose et une frustration ayant déclenché ses épisodes d’agressivités qui ont coûté la vie de trois personnes. Une agressivité qui pose questions quand on sait que les orques ne s’attaquent pas à l’homme dans la nature.

En parallèle, des voix d’anciens dresseurs de Seaworld commencèrent à se faire entendre pour raconter leurs expériences, les traitements subis par les animaux et la nécessité de cesser de les maintenir en captivité.

Le film a eu un succès retentissant et a réouvert le débat au niveau mondial sur la captivité des orques. De nombreuses associations ont demandé à ce que les orques soient envoyées dans des sanctuaires marins où elles pourraient vivre dans un environnement proches de leur milieu naturel.

Le public, quant à lui, a commencé à bouder de plus en plus Seaworld, dont le chiffre d’affaires n’a pas cessé de baisser, malgré les efforts du parc pour redorer son image. En mars 2016, le parc a annoncé mettre un terme au programme de reproduction des orques, faisant des animaux encore présents dans leurs parcs la dernière génération d’orques captives à Seaworld.

La vie de Tilikum après 2010

Tilikum, lui, a été placé dans un bassin d’isolement pendant 1 an. Il a ensuite été réintroduit pour de courtes apparitions dans les spectacles de Seaworld, puis renvoyé à chaque fois dans son bassin minuscule, séparé des autres orques.

Il est mort le 6 janvier 2017 après avoir contracté une infection pulmonaire d’origine bactérienne.

Arraché à sa famille alors qu’il n’était encore qu’une jeune orque, il aura dû subir les privations et les agressions d’orques plus âgées que lui dans les deux parcs où il a vécu. Une vie passée à réaliser des tours, à manquer de stimulations, dans des bassins bétonnés trop petits pour une orque qui, à la vie sauvage, aurait parcouru des centaines de kilomètres par jour dans l’océan. Tilikum est devenu aujourd’hui le symbole de la lutte contre la captivité des orques.

Sources :
Blackfish, Gabriela Cowperthwaite
Death at Seaworld, David Kirby
C’est Assez !

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