La libération animale, Peter Singer


Culture Vegan, Livres / samedi, novembre 9th, 2019

La libération animale par Peter Singer, philosophe australien, est un livre que je souhaitais lire depuis longtemps. Un livre qui se positionne comme précurseur dans la lutte pour la cause animale et qui explique de manière détaillée le fonctionnement du spécisme et ses implications dans notre vie quotidienne. Une lecture qui fut passionnante mais aussi parfois très dure, et qui se doit d’être dans la bibliothèque de tout bon végétar/lien qui se respecte.

La libération animale, Peter Singer

La libération animale, un livre précurseur

Paru en 1975, La libération animale est l’un des premiers livres de l’époque moderne a explorer la question de la cause animale d’un point de vue moral, éthique et philosophique.

Peter Singer tente de comprendre la position de l’homme vis-à-vis de l’animal et de son caractère dominant, une position qui remonterait à la Rome Antique où des combats d’animaux étaient organisés pour le loisir des romains. Il y discute notamment de l’implication de la chrétienté et de la Bible qui auraient positionné l’homme en tant qu’être supérieur et maître suprême de tout ce qui vit sur cette planète. Une pensée anthropocentriste qui perdure encore aujourd’hui, malgré les évolutions successives de notre société.

Les animaux, considérés à l’origine comme des machines sans émotions, se sont vus reconnaître, à l’aide de travaux scientifiques, le statut d’êtres dotés d’émotions et possédant la capacité de souffrir. Malgré cela, nous continuons à les tuer pour notre loisir ou pour le plaisir gustatif, comme si leur souffrance ne comptait finalement pas.

Le livre de Peter Singer explore deux domaines qui reflètent le plus l’exploitation animale : les expérimentations scientifiques sur les animaux et la production de viande, de lait et d’oeufs. D’autres thèmes connexes sont abordés, mais de manière succincte, un parti pris assumé par l’auteur qui ne leur revêt cependant pas une importance moindre.

Les expérimentations sur les animaux sont décrites de manière détaillée. Peter Singer livre des chiffres pour appuyer son argument et se questionne sur la justification morale qu’il y a à faire souffrir des animaux de manière totalement légale pour le « bien de la science ». Mais la suite du chapitre est encore plus terrible : le philosophe, preuves à l’appui, va jusqu’à questionner l’efficacité même de ses expériences. Il s’avère que beaucoup d’expériences faites sur les animaux, menant à d’atroces douleurs et souvent à la mort, n’ont que finalement peu servis à faire avancer la science ou n’ont contribué qu’à confirmer des idées déjà évidentes, comme la capacité des animaux à souffrir, par exemple. La lecture de ce chapitre est pénible pour peu que l’on soit sensible un minimum à la cause animale.

La libération animale, Peter Singer

Le chapitre sur la production agricole n’est pas en reste : les conditions de vie des boeufs, des porcs, des veaux ou encore des poules pondeuses y sont décrites longuement : une torture nécessaire pour finir de convaincre les sceptiques. Les droits des animaux et leurs besoins les plus basiques sont complètement bafoués par l’industrie : les animaux ne sont que des outils qui doivent être le plus rentables possible. Peu importe que les poules pondeuses se mangent entre elles par ennui et par stress dû à la surpopulation, peu importe que le veau soit anémiée et ne puisse plus bouger dans un box trop petit, tout cela pour garantir une viande rosée qui sera appréciée des élites gastronomes. La rentabilité règne en maître, au mépris de la vie et de la sensibilité des êtres non-humains, comme les nomme Singer.

Moins un groupe est capable de se dresser et de s’organiser contre l’oppression, plus il est facile de l’opprimer.

Les descriptions de la souffrance animale m’étant assez pénibles, je me suis surtout concentrée sur les chapitres traitant de l’éthique. Peter Singer fait notamment des parallèles intéressants entre le spécisme et le racisme ou le sexisme. Loin d’être individuels, ces combats se fondent finalement sur la même injustice : une race/espèce/communauté d’individus bafouent les droits d’une autre race/espèce/communauté pour servir ses propres intérêts égoïstes et capitalistes. Ces parallèles, qui pourront peut-être faire bondir certains conservateurs, me semblent cependant justifiés. Je pense notamment à Aymeric Caron et son livre Antispéciste, où il mentionne l’esclavagisme et ces points communs avec la cause animale. En effet, certains arguments avancés par les pro-esclavagisme de l’époque ressemblent grandement aux arguments que les pro-viandes dégaînent à tout va aujourd’hui. J’aurais l’occasion de vous parler davantage de ce livre dans un prochain article !

Une position qui prête à controverse

Peter Singer prend une position forte dans son livre qui prête encore aujourd’hui à controverse. Il définit notamment la valeur de la vie humaine en fonction des intérêts à vivre et à ne pas souffrir d’un individu. Selon sa logique, nous ne devrions donc pas utiliser, par exemple, un chimpanzé pour une expérience scientifique qui le mènera à sa mort, car ce chimpanzé a un intérêt à vivre, avec des capacités physiologiques qui lui permettront de mener une vie satisfaisante et équilibrée avec ses congénères. A ce stade-là, je ne peux qu’être d’accord avec lui : tout être à le droit de vivre, et de ne pas être à la merci des intérêts d’un autre. Mais c’est la suite de son raisonnement qui peut paraître choquant.

La libération animale, Peter Singer

En effet, il pousse le raisonnement plus loin en se demande si, finalement, il ne serait pas plus justifié d’utiliser une personne handicapée mentale pour cette expérimentation scientifique, plutôt que le chimpanzé. Non pas que Peter Singer ait quelque chose contre les handicapés mentaux : c’est plutôt qu’il estime qu’une personne avec un tel handicap ne pourra vivre une vie satisfaisante, tandis que le chimpanzé a toutes les chances de vivre une vie heureuse si on le laisse libre de ses mouvements. Le chimpanzé a, selon lui, plus d’intérêt à vivre que la personne handicapée mentale.

Ce raisonnement, difficile à assumer, peut porter à controverse, et malgré le plaisir que j’ai eu à lire ce livre, je ne suis pas sûre de ce que je dois penser de cette argumentation. Même si j’arrive à voir comment Peter Singer peut en arriver à cette conclusion, elle me paraît hasardeuse. J’estime que nous avons tous, humains comme animaux, un intérêt à vivre. Nous n’aurons pas tous la même qualité de vie, et plusieurs paramètres peuvent entrer en compte pour déterminer la vie que nous aurons et la qualité de celle-ci. Cela veut-il dire qu’il faille hiérarchiser les êtres, entre ceux qui ont un intérêt à vivre et ceux qu’on peut sacrifier car, de toute façon, ils n’auront pas la même qualité de vie que nous ? Je ne crois pas. J’aime à croire que dans un monde juste, chaque vie compte et doit être respectée. Qui sommes-nous pour évaluer l’intérêt à vivre d’un autre individu ?

La libération animale, Peter Singer

Les extraits qui m’ont marqué

« Ce livre a pour but de vous amener à opérer ce retournement de point de vue dans les attitudes et pratiques que vous avez envers un très grand groupe d’êtres : celui des membres des espèces autres que la nôtre. Je crois que nos comportements actuels vis-à-vis de ces êtres sont fondés sur une longue histoire de préjugés et de discrimination arbitraire. Je soutiens qu’il ne peut y avoir aucun raison – hormis le désir égoïste de préserver les privilèges du groupe exploiteur – de refuser d’étendre le principe fondamental d’égalité de considération aux membres des autres espèces. Je vous demande de reconnaître que vos attitudes envers les membres des autres espèces sont une forme de préjugé tout aussi contestable que les préjugés concernant la race ou le sexe. »

 » L’autre chemin qui s’offre à nous, hors celui de l’escalade de la violence, consiste à suivre l’exemple des deux plus grands – et aussi, ce n’est pas un hasard, des deux plus efficaces – leaders de mouvements de libération des temps modernes : Gandhi et Martin Luther King. Avec un courage et une détermination immenses, ils restèrent fermement fidèles à leur principe de non-violence en dépit des provocations et des attaques, souvent violentes, de leurs adversaires. En fin de compte ils l’emportèrent parce que la justice de leur cause ne pouvait être niée, et leur comportement toucha les consciences de ceux-là mêmes qui les avaient combattus. Les torts que nous infligeons aux autres espèces sont tout aussi indéniables pour peu que nous les voyions clairement ; et c’est dans la justesse de notre cause, et non dans la peur de nos bombes, que résident nos perspectives de victoire. »

 » Les racistes violent le principe d’égalité en donnant un plus grand poids aux intérêts des membres de leur propre race quand un conflit existe entre ces intérêts et ceux de membres d’une autre race. Les sexistes violent le principe d’égalité en privilégiant les intérêts des membres de leur propre sexe. De façon similaire, les spécistes permettent aux intérêts des membres de leur propre espèce de prévaloir sur des intérêts supérieurs de membres d’autres espèces. Le schéma est le même dans chaque cas. »

 » Si un être souffre, il ne peut y avoir aucune justification morale pour refuser de prendre en considération cette souffrance. Quelle que soit la nature d’un être, le principe d’égalité exige que sa souffrance soit prise en compte de façon égale avec toute souffrance semblable – dans la mesure où des comparaisons approximatives sont possibles – de n’importe quel être. »




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